Perte des Combles d'Ali.

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Perte des Combles d’Ali – samedi 31 Mars et dimanche 1er Avril


Participants : Christel BONNET, Estelle BOUTONNET, Samuel BOUTONNET, Sylvain BOUTONNET, Joël DOAT, Thomas FLORIOT, Barbara LINERES, Christian NESPOULOUS, Philippe ROBERT, Fabrice ROZIER, Eloïse ROZIER, Emma ROZIER.


On a marché sous l’Anglars

La sortie est prévue depuis 2 semaines, elle s’est décidé le dimanche 18 mars au soir quand de retour de désobstruction dans la cavité, Thomas et Philippe nous ont mis au courant de leur découverte du week-end.
La désobstruction de moins 36 mètres a enfin parlé et un superbe puits d’environ 50 mètres plein vide y succède, bien entendu la corde en leur possession était trop courte et il s’imposait de revenir très rapidement pour descendre le puits.
Nos deux compères, Philippe et Thomas, retournerons dans la cavité dès le lendemain pour toucher le fond du puits et ramener quelques clichés de ce dernier qui en fait mesure quarante mètres. Des départs sont repérés, il ne reste plus qu’à attendre les 31 Mars et 1er Avril pour qu’un maximum de monde du club puisse participer à la première si par bonheur première il y a, sympa de leur part.

Le week-end tant attendu est enfin là, nous nous retrouvons comme tout les vendredi soir au club pour caler les dernières choses pour la sortie, Thomas qui travaillait a Cordes sur Ciel, va lui directement dès le vendredi à la cavité et passer une grosse partie de l’après midi et de la soirée à aménager certains passages dans la cavité afin qu’un maximum de monde puisse descendre voir le nouveau puits et participer à la suite de l’exploration.

Nous rejoignons Thomas le samedi en fin de matinée, le ventilo est déjà en place à l’entrée du trou et propulse de l’air dans la cavité, nous cassons la croûte sur le causse sous un soleil radieux.
Vers 13h30, nous rentrons sous terre, Thomas passe devant, suivi de près par Nestor, Samuel et Sylvain, Christel ira un peu plus tard dans l’après midi faire une petit tour dans la cavité avec Estelle et Joël assurera la permanence en surface pour surveiller le groupe électrogène et en profitera pour aller faire un tour à l’entrée du G6 (cavité voisine) pour vérifier si l’air insufflé dans les Combles d’Ali à une incidence sur l’aérologie de cet aven.
En descendant nous en profitons pour effectuer un nouveau tir en tête du P40 afin d’en faciliter l’accès, le courant d’air crée par le ventilo est très puissant à cet endroit ce qui nous permet de descendre immédiatement après le tir. Thomas et Sam passe devant et équipe le puits alors qu’avec Nestor, nous suivons en levant la topographie.
Thomas est le seul à connaître le P40, nous le découvrons, le passage qui y donne accès est encore un peu juste pour Sam et Nestor mais ca le fait comme on dit, la suite est d’un tout autre ordre, surprenant, impressionnant, hallucinant, ça y va de tout les superlatifs, nous ne sommes pas habitués à voir des puits comme celui là dans le Tarn.
Une superbe verticale, plein vide, en forme de haricot de près de 10 mètres de long sur 4 à 5 mètres de large, avec une belle coulée de calcite sur toute sa hauteur, le tout arrosé d’un léger filet d’eau malgré la sécheresse actuelle.
La descente est agréable jusqu’à mi puits, à cette hauteur nous rattrapons les gaz de tir et l’atmosphère en devient bien moins agréable. Nous ne descendons pas le puits jusqu’au fond, ce dernier ayant déjà été exploré par Thomas et Philippe et ne présentant pas de suite évidente, nous prenons pied sur un grand palier situé à 30 mètres sous la tête de puits, immédiatement nous ressentons l’effet combiné des gaz de tir et du CO2 qui est bien présent à cet endroit de la cavité.
Pendant notre descente, Thomas qui était parti devant en à profité pour s’avancer dans le petit méandre qui part du palier et pour équiper et descendre le ressaut de 7 mètres situé au bout, le voilà qui revient en gueulant à tue tête, ça continu, il faut y aller vite.
Je le suis dans le méandre, il se pend sur la corde qu’il vient d’utiliser et là, pif, l’amarrage naturel savamment choisi décide de ne plus tenir, et merde, il faut rééquiper.
Il ne veut pas planter le Spit à la main, il repart en arrière pour aller chercher la perfo restée en haut du P40, je le laisse partir et je décide de planter le spit à la main, avant qu’il ne soit de retour, c’est chose faite et je suis déjà en bas du ressaut quand il arrive, Sam m’y rejoint, Thomas peaufine en mettant un second amarrage pour faire comme dans les manuels.
En fait, dans le petit méandre l’air est franchement irrespirable, sur le palier ce n’est pas mieux, Nestor tousse abondement et n’arrive pas à allumer son briquet, signe d’un taux de CO2 important. Sam qui ne supporte pas bien le CO2 n’est pas à la fête non plus.
Au bas du ressaut, il nous semble que l’air est un peu moins vicié, je m’engage vers la suite, 4 mètres debout, puis il faut s’allonger sur une dizaine de mètres pour arriver à un croisement, à droite une galerie basse et boueuse à gauche une galerie remontante de dimensions plus humaine, naturellement je pars à gauche, la galerie semble revenir vers le P40, elle est bien remontante, je franchis une petite escalade facile, face à moi la galerie se poursuit, de belle taille, à priori vers le puits et dans mon dos un beau fossile par en sens inverse, à ce moment là, alors que je n’ai fait qu’une cinquantaine de mètres en progressant doucement, je me rends compte que je respire comme « un phoque », le gaz est vraiment présent et handicapant, vu que je suis seul, je décide de revenir en arrière, je retrouve Sam à la base du ressaut de 7 mètres qui a toujours autant de mal avec le CO2, Nestor lui aussi mal à l’aise est resté au palier, Thomas vient d’arriver décide d’aller voir à son tour, Sam et Nestor décident eux de repartir vers la sortie et un air plus respirable, quand à moi, je sais pas trop, je m’assois et je vais voir comment je récupère. Thomas est parti voir, je vais un peu mieux, je pars voir à mon tour la galerie qui par sur la droite, je progresse d’une cinquantaine de mètre à quatre pattes dans la boue et l’eau avant de buter sur un ressaut que je ne suis pas sur de pouvoir remonter seul, je fais donc demi tour et je reviens vers Thomas. Il arrive en même temps au croisement et vient de pousser un peu plus loin que moi dans l’autre branche, ça file toujours.
Après discussion, nous décidons de repartir par là bas pour voir, si nous y allons doucement ça devrait le faire. Nous voilà de retour en haut de l’escalade, nous partons directement dans le fossile, d’abords en opposition entre de superbes plancher stalagmitiques puis ensuite dans une belle galerie en trou de serrure bien concrétionné, le CO2 est toujours là mais ça sent bon la belle première.
Rapidement la galerie en trou de serrure se transforme en un beau et grand méandre d’une dizaine de mètre de haut sur un à deux mètres de large, la galerie redescend et O miracle, l’air redevient plus respirable. Nous tentons d’apporter une explication à cela, dans le P40, à mi puits, un grand méandre par dans la paroi opposée à la descente, à priori ce méandre arrive directement vers l’endroit ou nous nous trouvons, ce qui fait que l’air poussé par le ventilateur vient directement ici sans ventilé la base du P40 et les galeries du bas. Nous allons profiter de cela et pousser encore plus loin, nous marchons maintenant facilement dans du gros méandre, la progression est facile et rapide, nous avons du mal à y croire, ça y est depuis le temps ou nous en rêvions, nous sommes en train de marcher sous l’Anglars.
C’est beau, c’est grand, c’est concrétionné et ça à l’air de vouloir filer, quel pied bordel.
Deux énormes blocs, dont un aussi gros que la Punto verte de Thomas semblent barrer le méandre, une petite escalade de 1.5 mètre et hop les blocs sont passés et le méandre repart de plus belle, à certains endroits le plafond se trouve à plus de 20 mètres en dessus de nos casques.
Nous avançons encore dans ce méandre fabuleux et d’un seul coup surprise, il vient recouper un autre méandre encore plus grand, y a pas de doute aujourd’hui on est farci, c’est notre jour.
Que faire, partir à droite, à gauche, un de chaque côté et ensuite on se raconte, non on reste et on profite ensemble, aller bingo à droite…
Je monte un rapide cairn au croisement et nous voilà parti vers la droite, très vite le plafond s’élève encore et devient très concrétionné, nous avançons de quelques mètres encore et nous buttons sur des concrétions, il ne faudrait pas grand-chose pour passer, on devine le noir de la galerie qui se poursuit derrière.
Allez allez nous n’allons pas nous faire caguer à casser des concrétions maintenant, nous faisons demi tour et nous allons voir de l’autre côté.
Nous revoilà au cairn, nous repartons de plus belle vers l’inconnu dans la nouvelle galerie, la progression est toujours aussi simple, nous parlons de revenir avec des VTT, à certains endroits ça passerait même en voiture. Nous progressons encore un peu, j’estime que nous avons parcouru environ 500 mètres de nouvelles galeries depuis la base du P40, nous recommençons à avoir du mal à respirer, il semblerait que nous ayons rattrapé le CO2, le ventilo n’a pas encore réussi à envoyer assez de bon au-delà de l’endroit ou nous nous trouvons. Nous décidons de construire un nouveau cairn et de faire demi tour, c’est frustrant car la galerie se poursuit devant nous, nous nous disons aussi que nous venons de nous faire un sacré bout de première et que nous allons nous en mettre un peu sous le coude pour demain avec les copains qui ne sont pas venu aujourd’hui.
Nous refaisons le chemin inverse en admirant et en commentant largement nos découvertes, la progression est facile et le retour à la base du P40 est rapide, les galeries de la base du puits et sa première moitié sont toujours aussi gazé, toujours aussi désagréable.
La remontée se passe bien, l’air frais du ventilo en haut du P40 est un bonheur, seul bémol, le mal lié au CO2 qui commence à se faire sentir. Nous sortons de la cavité vers 17 heures, nous retrouvons à l’entrée Sam et Nestor pour qui la remontée à été plus laborieuse, Sam a vomi tout au long de la cavité et le passage de l’étroiture en haut du P40 les a un peu ralenti, il va encore falloir agrandir pour que ça soit confort pour tous. Qu’à cela ne tienne, Thomas qui a encore de l’énergie repars dans la cavité pour remettre un petit tir de confort au passage.
Après avoir pris une petite dose de Paracétamol pour combattre les maux de têtes nous consacrerons la soirée à l’apéro, au repas et bien entendu à raconter nos découvertes à ceux qui étaient resté dehors et à Philippe qui nous a rejoint dans la soirée.
Nous laissons tourner le ventilo toute la soirée et une grosse partie de la nuit afin d’essayer de repousser encore plus loin les gaz pour pouvoir pousser l’exploration plus loin demain.

A mon réveil le dimanche matin, Nestor, Thomas et Philippe ont déjà filés sous terre, Sam est en train de ranger ses affaires pour nous quitter et aller récupérer sa fille Clara, je bois un café et me voilà parti pour aller rejoindre le reste de l’équipe dans la cavité. Christel, Estelle et Joël vont rester dehors et attendre Fabrice et la petite famille qui doivent arriver dans la matinée pour passer la journée.
Je rattrape toute l’équipe en haut du P40, le tir qu’a fait Thomas hier en fin d’après midi a fini de bien ouvrir le passage en haut du puits, un peu de nettoyage s’impose, Thomas et Nestor mettent en place les cordes dans le P40 et descendent, Philippe et Moi rééquipons le P40 à notre façon, qui nous semble plus académique que le monospit de Thomas puis nous descendons à notre tour, je passerai ici sous silence les différentes discussions qui ont pu suivre concernant l’équipement du puits et me contenterai de vous conter l’exploration !
Thomas et Nestor qui du coup ont pris un peu d’avance en profite pour confirmer ce que nous avions avancé comme théorie la veille et réalise physiquement la jonction en remontant le méandre jusqu’à arriver à la lucarne qui se trouve à mi puits. Lors d’une prochaine visite, nous rééquiperons le P40 différemment pour emprunter ce passage et éviter la zone basse du puits qui confine. Même si aujourd’hui cette partie est bien plus respirable qu’hier, la ventilation prolongée de la soirée et de la nuit ayant portée ses fruits.
Nous retrouvons rapidement tous les quatre dans le méandre et nous poursuivons vers notre terminus d’hier, Philippe et Nestor qui découvrent comme nous la veille la cavité, n’en croient pas leurs yeux, nous faisons quelques photos et un peu de film, même si le matos que nous avons est un peu light vu les volumes, ca sera toujours ça pour donner un aperçu à ceux qui n’ont pas pu venir.
Thomas et moi revoyons ce que nous avons vu hier et nous sommes toujours ébahi, Nestor et Philippe découvrent contemplatifs, nous sommes tous les quatre incrédules. Difficile de réaliser que nous avons enfin réussi à percer ce satané causse d’Anglars.
Nous arrivons au terminus de la veille, le cairn, et la galerie qui se poursuit, du coup nous poursuivons, les conditions sont meilleures qu’hier, l’air est bien plus respirable et jusqu’ici nous n’avons pas trop souffert du CO2.
Nous avançons encore d’un bon peu dans ce méandre géant, nous repérons de belles arrivées dans les hauteurs, puis la galerie change de forme, nous sommes maintenant dans une galerie qui s’approche plus du tunnel, les parois et le sol sont tapissés d’argile sèche. Nous avons l’impression de progression dans un immense siphon à sec.
Au bout d’un moment, nous rattrapons les gaz de tir de la veille, ils ont été poussé jusqu’ici par le ventilo, nous les doublons rapidement et bien évidemment devant eux nous retrouvons notre fidèle CO2, nous nous en serions bien passé, mais va falloir faire avec. Les données changent, la galerie reste la même mais le gaz carbonique nous handicapent considérablement, la respiration devient difficile.
D’un coup la galerie plonge, le plafond s’abaisse, ça sent le siphon à plein nez, nous nous baissons, progressons d’une vingtaine de mètres à quatre pattes dans l’argile et puis le plafond se relève et la galerie reprend de plus belle.
Nous poursuivons encore, sans le CO2 on aurait dit facilement mais il en est autrement, ce satané gaz nous pourri la vie.
Nous décidons de stopper notre exploration et de faire demi tour au moment ou nous arrivons sur une petite rivière, la galerie se poursuit, nous avons trouvé l’eau, arrêt sur rien, enfin si sur trop de gaz.
Nous décidons de ressortir et nous reviendrons après avoir ventilé la cavité pendant plusieurs jours.
Le retour jusqu’à la zone dégazée est difficile, avec Nestor nous faisons encore un bout de première sans le faire vraiment exprès, en revenant nous ratons un passage et nous remontons une galerie de 2 à 3 mètres de large pour 1.7m de haut avant de nous apercevoir de notre erreur et de faire demi tour, nous laissons cette galerie qui est soit l’amont de la rivière soit un affluent pour une autre fois.
Le retour et la sortie se font sans problème, l’arrivée au P40 et le courant d’air frais du ventilo est encore une fois un grand moment de bonheur.
Nous sortons de la cavité vers 14h30, nous retrouvons Fabrice et Joël a qui nous avons le plaisir de raconter nos découvertes de la journée. Nous terminerons ce week-end en passant l’après midi sur le causse à discuter de la suite, à imaginer pleins de choses et à se demander comment on allait annoncer la nouvelle de cette découverte aux copains, découvertes faites un dimanche 1er avril.

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