Prix speleoc 2006

- 500 SOUS LE MASSIF DU MAIL

  

 2005 est à marquer d'une pierre de calcaire blanche. La désobstruction entamée en 2003 à –340 dans le gouffre du Mail a enfin abouti à des résultats probants, ce qui va nous amener à aborder différemment les camps d'été.
Tout d'abord, tout porte à croire que le gouffre du Mail est enfin disposé à livrer ses secrets. Il ne nous avait pas encore été donné de profiter d'une première aussi belle, et surtout de pouvoir explorer sur le massif du Mail une vraie rivière souterraine. Plus encourageant encore, l’obstacle qui nous a stoppé cette année présente une difficulté toute relative en comparaison du travail déjà effectué.
La différence des camps futurs, cependant, sera la difficulté croissante que vont représenter la profondeur et la durée des explorations. En effet c'est une réelle sélection qui va s'opérer parmi les spéléos présents... à nous de nous préparer en connaissance de cause.
L'autre nouveauté majeure sera le risque de crue. Nous savons déjà que la cavité est sensible aux précipitations de surface, et la configuration de la rivière doit nous engager à la plus grande prudence.
Il n'est pas impossible en outre que nous devions réserver cette cavité à des explorations hivernales, afin de se prémunir contre les variations trop brusques du niveau de l'eau.
Le gouffre du Mail ne doit pas devenir exclusif, précisément parce qu'il sera probablement sélectif.
L'année 2005, riche en émotions, est l'année de la récompense de nos dix ans d'efforts, mais nous nous accordons à penser que l'histoire ne fait que commencer.

Historique des explorations

2001

C’est décidé, nous entreprenons la désobstruction du C8. Nous commençons à équiper le gouffre avec une ligne électrique, car pour nous, pas de demi mesures, un groupe électrogène est acheminé, à dos d’homme (merci l’indien).
Pendant plus d’une semaine, les équipes vont se succéder, le travail de carrier n’a maintenant plus de secrets pour nous. Le gouffre aspire toujours, c’est très bon, il nous encourage à continuer nos travaux. Nous espérons que l’aspiration du C8, et notre inspiration à la désobstruction tiendra ses promesses. Au fil des jours la résonance de la galerie semble plus importante, est-ce le fruit de notre imagination ou, les heures de pilonnage de la Hilti contre le calcaire si dur du Portlandien, qui fait encore écho dans nos têtes si délicates. Non, il y a un puits derrière, ça résonne, la fièvre exploratrice s’empare de nous. Tous les individus casqués présents dans le trou descendent au fond du méandre, pour écouter le fameux écho, au moins 50 mètres, peut être plus ! ..... Allons soyons raisonnable, on va dire 40 mètres !, et nous commençons à estimer les puits suivants, l’imagination devient rapidement débordante, nous parlons même de bivouac souterrain. La désobstruction du tunnel recommence avec fébrilité, l’achèvement du percement affichera finalement 22 mètres de longueur. La fièvre de l’exploration n’a fait qu’accroître au fil du temps. Sylvain équipe maintenant la verticale découverte, elle est énorme.
Un après l’autre nous descendons dans une euphorie indescriptible. Steph et Nestor topographient.
A la base du puits de 44 mètres, un méandre serpente entre les blocs pour se jeter ensuite dans une verticale de 6 mètres. Un nouveau puits y fait suite, les proportions du gouffre deviennent gigantesques, la largeur est ici de 6 mètres, le plafond se trouve au moins à 10 mètres. Nous sommes tous réunis sur une plate-forme de quelques mètres carrés, c’est la joie, les rires éclatent, les plaisanteries fusent. Comme pour conjurer le sort de la fin du trou, les puits s’enchaînent, P 20, P 20, P 14, P 41, tout en gardant de grandes proportions. Le plafond disparaît bientôt à nos yeux pour se fondre dans l’obscurité de cette cathédrale souterraine. Nous devons maintenant avoir atteint les moins 200 mètres, record du massif battu.
Le P10 suivant est vite descendu par notre équipe de pointe. Un méandre fait suite à cette dernière verticale, après quelques mètres de progression c’est la catastrophe, il devient impénétrable........, non, ce n’est qu’un rétrécissement. Romain, avec l’énergie du désespoir tente d’élargir le passage avec le marteau à spiter. Peine perdue, le calcaire du Portlandien ne s’abandonne pas ainsi, c’est avec d’autres moyens qu’il faudra revenir.
Le combat contre les étroitures du méandre de - 217 mètres est engagé. Après une première désobstruction, progression d’une vingtaine de mètres dans une galerie ou les combinaisons sont mises à rude épreuve. Le passage est ensuite trop étroit pour permettre un accès à la suite du réseau. Pourtant cette suite est presque à portée de main, la résonance et le courant d’air descendant sont importants, ce qui présage un gros volume souterrain. Ce moment plein d’émotion terminera malheureusement l’exploration du fond du gouffre C 8 pour ce camp d’été. 2001.
Deux mois plus tard, la tentation est trop forte, une petite équipe retourne à l’assaut du gouffre. A -220 m le méandre est toujours aussi étroit, malgré les quelques mètres de progression qu’il nous a concédé. Et comme le temps nous est compté, la désobstruction est plus axée sur la progression que sur le confort. Cette nouvelle désobstruction nous permettra, après un ressaut de 5 mètres, d’accéder à la suite du méandre. Malheureusement, ce dernier se pince au bout d’une dizaine de mètres. La progression s’arrêtera là pour cette année 2001.

2002

Reprise des désobstruction à – 217 mètres Plusieurs dizaines d'heures de désobstruction au burineur thermique viendront à bout des 45 mètres de galerie exiguë. Ce travail acharné nous conduira au sommet d'un puits de 34 m. La tête de ce dernier, composée d'une roche burinée par la force des eaux, ne se descendra pas dans sa totalité, un petit pendule nous dépose dans un méandre où nous rencontrons un premier écoulement d'eau. À partir de ce point la galerie se divise en deux parties, les volumes sont alors divisés d'autant, sans pour autant être impénétrable. Un second écoulement rejoint le méandre à moins 253 m. Il ne s'ajoute pas au premier et va se jeter dans un puits de 17 m.
Un puits de 22 mètres est découvert à l'ouest, la suite est là, creusée aux dépens de la même diaclase, un P 15 et un P 36 y font suite. Le diamètre des deux premiers puits varie entre 3 et 4 m. Le méandre qui donne ensuite accès au P 36 a nécessité quelques désobstructions. Dès les premiers mètres dans celui-ci, règne une atmosphère inquiétante, il faut en effet effectuer une reptation sous quelques blocs coincés au-dessus de notre tête.
Dès que l'on débouche dans le puits, la tête en avant, l'aspect imposant ne manque pas d'impressionner, il dépasse les huit mètres de long pour une largeur de plus de 4 m. Le haut de cet impressionnant vide souterrain se perd dans l'obscurité. Après avoir franchi une vire de quelques mètres, nous prenons pied sur un confortable palier, qui n'est autre qu'une galerie ascendante parallèle au puits. Au bas de cette verticale de 36 mètres après un ressaut de 4 m, le méandre se rétrécit pour devenir impénétrable. Seul un violent courant d'air ascendant parcours la galerie. Toutefois au milieu du puits un pendule nous révèle un méandre fossile coupé de deux verticales de 10 mètres. Le fonds de ce réseau se superpose à peu de chose près au terminus du P36. Les travaux de désobstruction seront donc au programme du camp 2003. La cote moins 333 m est atteinte.

2003

 Elle sera l’année bivouac. Un camp souterrain est installé à – 320 mètres afin d’augmenter les heures de travail à la désobstruction. Un roulement d’équipe est mis en place toutes les 24 heures. Ce système augmente l’efficacité des équipes. La désobstruction reprend, le gouffre cède petit à petit quelques mètres. Un ressaut de 2 mètres donne accès à un élargissement où on peut trouver l'eau nécessaire au bivouac. Après trois mètres une nouvelle étroiture donne accès à une petite alvéole.
Ce n’est pas encore gagné, le méandre se resserre inexorablement. Sur 3 mètres visibles le méandre de 1 mètre de haut et 7 centimètres de large aspire tout le courant d'air. Le moral en prend un sérieux coup.

Nous avons progressé de quelques dizaines de mètres en longueur dans le méandre terminal, ce qui peut sembler faible en comparaison des années précédentes, mais qui représente malgré tout un travail considérable.

La configuration de ce méandre est peu engageante de par sa largeur, mais la présence du courant d'air aspirant ainsi que la présence de l’écoulement de l’eau nous force à penser que la continuation du gouffre est ici.

2004

La désobstruction devient de plus en plus contraignante à cause de la longueur du boyau, les allées et venues dans la galerie sont harassantes à la longue, surtout pour le transport du matériel et l'évacuation des déblais. La solution à terme sera de constituer des équipes de trois personnes.
La technique bivouac fait ses preuves. Dans un confort qui est toutefois relatif, surtout à cause de l'humidité qui règne sur les bâches de couchage, la nuit passée en repos permet d'être plus efficace au travail de désobstruction, et la remontée en est beaucoup plus agréable. D’autre part le point chaud, malgré son côté exigu est très apprécié pour les moments de repos. Les flammes des lampes à acétylène permettent un bon réchauffement et une baisse de l'hygrométrie, ce qui rend le séjour "confortable".

Le boyau désobstrué atteint maintenant près de 6 mètres, l'étroiture à désobstruer est visible sur environ 5 mètres. La résonance de la partie inconnue est importante, ce qui laisse espérer un grand vide. Un bruit de cascatelle est perceptible, peut-être un affluent.

Nous achèverons le camp après avoir désobstrué 13 mètres de méandre. Il y a du volume derrière, c'est sûr, mais nous ne pouvons pas encore déterminer à quelle distance. Lorsque l'on jette habilement un caillou, on l'entend descendre sur une quinzaine de mètres contre paroi, et ensuite chuter dans une bonne verticale avec pour final un gros "plouf". Enfin notre opiniâtreté est récompensée, et rappelle qu'aucun des grands gouffres connus aujourd'hui ne s'est donné facilement, et que l'exploration du C8 ne sera pas une exception.

2005  

C’est avec une excitation toute particulière que débute le camp. En effet au fond du gouffre il ne reste plus beaucoup de travail pour accéder à la suite du réseau. Le puits sondé je ne sais combien de fois par nos cailloux inquisiteurs est à portée de descendeur.
Deux équipes de désobstruction viendront à bout de l’étroiture nous interdisant la suite de l’exploration. Ca y est le passage est ouvert, il aura fallu deux camps successifs de travail acharné pour que le gouffre nous livre ses secrets. C’est un P 30 qui nous tend les bras, nos estimations sur la profondeur étaient justes. La fièvre s’empare alors de notre équipe de désobstruction. Les voûtes répercutent maintenant le cliquetis frénétique du marteau à spiter, le choix de l'emplacement n'est pas des plus judicieux, mais première oblige. L'équipement du puits est plutôt fastidieux, mais c'est assez logique. De toute façon nous avons un gros travail de nettoyage des déblais de la désob.

Ca y est, notre cordon ombilical est posé. Fais gaffe la corde est neuve, elle file vite. Le premier de cordée pose enfin le pied au fond de ce puits que nous connaissions que par sa résonance, combien de fois l’avons nous imaginé et décrit ?. Pas de suite évidente,"Ca sent le moisi !". Apparemment nous allons encore nous casser le nez sur une étroiture. Quelle poisse !. Non, J'ai trouvé la suite !!! Au ton de la voix nous reprenons espoir, les questions sur la suite du réseau fusent dans le puits, mais restent sans réponses, c’est pénible. Puis à nouveau : "Ca barre !!!". L’équipe est maintenant réuni au fond de la verticale, notre explorateur a disparu, ça alors ! De quel coté est-il parti ?, par là dessous dans ce joint de strate où l'eau s'engage, il y a du noir derrière ce petit passage de quelques mètres. C'est bon ça. Nous nous engageons dans la strate. Moins d'une minute s'est écoulée depuis que nous avons quitté la corde.
Derrière ce pertuis, il y a un petit ressaut, le puits suivant ne doit pas être bien loin… Mais en fait de puits, nous réalisons que nous sommes au départ d'une petite rivière, qui descend dans l'épaisseur d'une strate. C'est vraiment déroutant : je n'ai jamais vu ce genre de chose sur le massif et surtout je ne l'aurais pas imaginé à cette profondeur. Il y a des fistuleuses au plafond, des concrétions de toute beauté, même une petite draperie. Cette partie de la cavité ne doit pas être récente. C'est bon ça. Nous désescaladons les petits ressauts les uns après les autres, enjambons plusieurs marmites, contournons précautionneusement les concrétions, tout ceci accompagné de "Oh", de "Wouah", de "C'est beau !" et même de certains "Putain !". C'est bête mais dans ces moments là l'émerveillement vous fait perdre votre vocabulaire…
Nous retrouvons maintenant notre éclaireur, et allons partager ce moment de découverte, il faut le savourer.
Cela fait déjà plusieurs dizaines de mètres de rivière parcourus, une rivière jamais étroite, jamais très large. Le plafond est à trois mètres au-dessus du fond, la partie supérieure, un peu plus large, est concrétionnée et recouverte d'une fine pellicule de terre. Nous progressons dans le fond du méandre, large de 50 cm en moyenne, où le niveau de crue est visible au niveau des genoux. Il va falloir être prudents pour les explorations futures car une crue rendrait la remontée impossible.
Alternativement nous prenons chacun les commandes de l’exploration. La progression se fait prudemment, peut être pour savourer, se délecter de la découverte. Mais l'excitation arrive à son apogée ; à ce moment là, telle une révélation, nous avons touché du doigt la raison pour laquelle les spéléos s’acharnent à élargir des passages étroits, désobstruer des tonnes de cailloux et creuser toujours plus profond.
Nous vivons l’instant comme une récompense, peut-être n’aurons nous jamais une autre occasion, en tout cas jamais aussi belle. Et si notre progression était stoppée au prochain détour du méandre ?
Nous rencontrons quelques passages encombrés par des blocs, un ou deux rétrécissements, mais ça continue. Un peu plus loin, un ressaut de 6 mètres environ, nous laisse perplexe pour la désescalade, il est plus raisonnable d'équiper. Au bas la galerie semble prendre des proportions plus impressionnantes, et amorce un virage vers la droite : c'est logique vu le gradient hydraulique du massif…
La rivière doit dépasser les 150 mètres de développement et nous devons taquiner la côte – 450 mètres.

A partir de là nous découvrons la cavité : il s'agit d'une galerie ébouleuse, d'une trentaine de mètres de long, toujours dans la pente générale de la rivière, dont le plafond est garni de blocs maintenus par je ne sais quel Saint Esprit... C'est très inquiétant. L'eau s'écoule sous les blocs, on peut même apercevoir le fond du méandre à certains endroits à travers l'éboulis, mais nous sommes en présence d'une faille tectonique qui pourrait bien avoir perturbé le tracé de cette superbe rivière. L’extrémité de ce vide souterrain est marqué par un puits de 8 mètres. Au bas, toujours autant de blocs, la rivière disparaît dans une fissure, le courant d’air devient moins sensible, ce qui entraîne pour les explorateur une tachycardie prononcé. Nous rejoignons l’homme de tête, il est au niveau d'une étroiture, quelques dizaines de mètres après le fond de la zone ébouleuse, le lit de la rivière, bien que complètement à sec, est retrouvé. Le courant d’air est là, bingo !!!, ça continue !. L'étroiture est franchie, avec une certaine peur au ventre, car un gros bloc à élu domicile sur celle-ci et menace à tout moment de tomber à la façon d’une guillotine dans le passage étroit. Nous respectons ce rocher millénaire, et progressons sans le déranger. Après notre petit ramping silencieux, un puits d'une dizaine de mètres est équipé, c’est grand !......., ressaut 5 mètres, c’est grand !............, un autre ressaut, devant le vide, l’inconnu, on entend l’eau, le courant d’air est là, nous devons être à – 500 mètres.
J’ai la chair de poule, mais je n’ai pas froid…………. Ce que je ressens n’est plus descriptible, les mots me manquent. L’exploration va s’arrêter ici, il est tard, le camp s’achève, puis peut être le courage nous manque, la peur que le gouffre se termine, finir sur une mauvaise impression, nous n’allons pas tenter le sort. Une bataille de plus gagnée dans le gouffre du Mail !. La suite, on va la laisser s’imaginer !………


DESCRIPTION DU GOUFFRE DU MAIL

Le gouffre est situé sur un lapiaz, à mi-pente du massif du Mail, à peu près sous son sommet. L’entrée est entourée de terrasses, recouvertes d’herbe et de fougères qui débordent dans le puits de 17 mètres et le masquent partiellement. Cette première verticale de forme ovoïde, creusée au profit d’un joint de strate, est fractionnée à – 6 m. Sa base est jonchée d’éboulis et de terre qui se déversent dans le toboggan puis dans le P 5 y faisant suite. Entre ces deux puits, une salle circulaire de 6 mètres de diamètre constitue le point de jonction avec le gouffre C 9. Au bas du P 5 c’est un petit méandre de quelques mètres de long qui nous conduit au P 10. Ce puits parfaitement tubulaire, nous amène à – 48 m, qui resta le terminus de cette cavité pendant longtemps.

C’est en 2001 que l’équipe du CDS 81 entame la désobstruction de la fissure aspirante. Plusieurs jours de désobstruction acharnée, conjuguant main d'œuvre et matériel approprié, et 17 mètres plus loin, le gouffre nous livre enfin son secret. Le méandre agrandi se jette dans un grand puits de 44 mètres, le départ de la verticale d’un diamètre de 2 mètres est parfaitement tubulaire sur une douzaine de mètres. Un peu plus bas, au milieu du puits, une grosse arrivée en plafond ajoute aux dimensions du puits.
A la base un méandre serpente entre les blocs pour se jeter ensuite dans une verticale de 6 mètres. Les proportions du gouffre deviennent gigantesques, la largeur est ici de 6 mètres, et le plafond se trouve au moins à 10 mètres. Un nouveau puits de 20 mètres y fait suite. Cette verticale ne se descend pas dans son intégralité, un petit pendule nous fait prendre pied sur un confortable palier et marque le départ d’un nouvel abîme de 20 mètres.
Sur le haut de ce puits on remarque sur la paroi des nodules de dégradation du calcaire. Ces nodules se forment notamment lors de karstification en périodes tropicales, ce qui tend à indiquer que le départ du creusement du gouffre se serait effectué bien antérieurement à la dernière glaciation.
De la base du P 20, au sommet du P14 un petit réseau a été exploré. La galerie de ce dernier devient impénétrable au bout d’une trentaine de mètres.
Le P 14 se descend contre paroi et, sa base est percée sur un coté par un petit puits qui reste encore inviolé, car son sommet reste impénétrable. En enjambant un petit muret, qui semble être construit de main d’homme, on découvre dans toute sa splendeur un puits de 41 mètres. Le plafond du puits disparaît à nos yeux pour se fondre dans l’obscurité de cette cathédrale souterraine. Sur une paroi du puits, une petite arrivée d’eau trahit la présence d’une cheminée. Sa base est parsemée de galets arrondis par l’écoulement des eaux provenant du plafond. La côte de moins 200 mètres est maintenant atteinte.

Le puits suivant, méandriforme, profond de 10 mètres environ, a des proportions plus raisonnables, mais reste toujours pénétrable. Un méandre fait suite à cette verticale, qui avant l'intervention musclée de notre équipe, était impénétrable. Plusieurs dizaines d'heures de désobstruction au burineur thermique viendront à bout des 45 mètres de galerie exiguë. Ce travail acharné nous conduira au sommet d'un puits de 34 m. La tête de ce dernier, composé d'une roche burinée par la force des eaux, ne se descendra pas dans sa totalité, un petit pendule nous dépose dans un méandre où nous rencontrons un premier écoulement d'eau. Cet amont reste encore vierge de toute exploration.
À partir de ce point la galerie se divise en deux parties, les volumes sont alors divisés d'autant, sans pour autant être impénétrable. Un second écoulement rejoint le méandre à moins 253 m. Il ne s'ajoute pas au premier et va se jeter dans un puits de 17 m. Le fin de cette verticale de trois mètres de long pour un mètre cinquante de large bute sur un méandre d'une dizaine de centimètres de largeur et 3 ou 4 m de haut. La désobstruction de cette galerie n'est pas envisageable, à cause des écoulements qui arrosent l'intégralité de la base du puits.

À -253 m à l'ouest, se prolonge le premier méandre, entrecoupé de trois puits P22, P15 et P36 creusés aux dépens de la même diaclase. Le diamètre des deux premiers puits varie entre 3 et 4 m. Le méandre qui donne ensuite accès au P 36 a nécessité quelques désobstructions. Dès les premiers mètres dans celui-ci, règne une atmosphère inquiétante, il faut en effet effectuer une reptation sous quelques blocs coincés au-dessus de notre tête.
Dès que l'on débouche dans le puits, la tête en avant, l'aspect imposant ne manque pas d'impressionner, il dépasse les huit mètres de long pour une largeur de plus de 4 m. Le haut de cet impressionnant vide souterrain se perd dans l'obscurité. Après avoir franchi une vire de quelques mètres, nous prenons pied sur un confortable palier, qui n'est autre qu'une galerie ascendante parallèle au puits. Cette dernière n'a pas été encore explorée. Un petit filet d'eau la parcours, ce qui nous permet d'aménager un petit coin repas. En face de cette salle à manger, on peut remarquer sur la paroi une petite arrivée d'eau, qui vraisemblablement provient du P17 que l’on à rencontré en amont. Au bas de cette verticale de 36 mètres après un ressaut de 4 m, le méandre se rétrécit pour devenir impénétrable. Seul un violent courant d'air ascendant parcours la galerie.
Toutefois au milieu du puits un pendule nous révèle un méandre fossile coupé de deux verticales de 10 et 12 mètres. Le fonds de ce réseau se superpose à peu de chose près au terminus du P36. Dans le premier P10 , nous avons aménagé notre bivouac souterrain afin de mener à bien la désobstruction de – 330 mètres. Au fond du P12 on aperçoit l’arrivée du P36 qui se jette dans un petit ressaut et nous amène au tunnel désobstrué sur 17 mètres. Le départ de verticale est un peu exigu, mais à – 5 mètres le puits concède un bon mètre de largeur pour un dizaine de mètres de long. Il est fractionné trois fois afin de s’éloigner des écoulements du méandre désobstrué. Au fond un petit affluent vient renforcer le débit du réseau principal. Par un pertuis érodé dans un joint de state nous avons accès à un ressaut de 4 mètres nous livrant le départ de la rivière méandriforme. Cette rivière agrémentée de concrétions accuse une longueur de 140 mètres pour un dénivelé de 55 mètres. Un puits de 7 mètres, termine cette progression, et crève le plafond d’une salle de 30 mètres de long sur 4 mètres de large. La côte de – 400 mètres est largement atteinte.

La salle encombrée de blocs est inquiétante, il y a eu ici au cours des millénaires un sérieux accident tectonique, de tels effondrements sont capables d’obstruer une galerie. Le P 8 suivant à l’extrémité de la salle nous conduit dans une galerie qui se rétrécie, l’eau se perd dans une fissure impénétrable. Nous retrouvons alors le fossile de la rivière, qui se transforme en petit méandre de 5 mètres de longueur. Point ou la topographie s’arrêta. La suite de réseau à été explorée très rapidement faute de temps. Puits de 10 mètres de bonnes proportions, ressaut 5 mètres, nouveau ressaut que nous ne descendrons pas, devant le vide, l’inconnu, on entend l’eau, le courant d’air est là, nous devons être à – 500 mètres. Rendez vous en 2006.

Pour la commission éxpédition NESTOR